Le Nez qui Voque, de Rejean Ducharme, raconte l’histoire de Mille Milles et Chateauguay. Deux adolescents qui ont conclu un pacte de suicide. À la Roméo et Juliette, version préméditée. La vie adulte étant corrompue par les pulsions sexuelles et le devoir citoyen, ils préfèrent ne jamais y entrer et rester purs à jamais. Pour remplacer le mot « suicide », qui ne rend pas justice à l’héroïsme de l’initiative, ils tirent un mot au hasard dans le dictionnaire : « branle-bas ».
Ducharme voulait sûrement se moquer de la résolution. Le « branle-bas », ça sonne ni comme la fin ni comme le début du combat. Le « branle-bas », c’est l’enfant du milieu. C’est la mollassité. Le branle-bas étend son bras avant de se noyer. C’est la fausse vertu. L’humilité bien méritée. C’est la poule qui bouge la tête coupée.
Ça fait trois fois aujourd'hui. Que j’me projette. Que j’me branle-bas. Que je m’éjacule devant des images de femmes au plaisir catapulté. Elles exagèrent. C’est sûr qu’elles exagèrent. Leur plaisir est hors norme, comme le pénis des hommes qui les pénètre. Je me branle-bas et les imagines sincères, submergées par le pouvoir pénétrant du conquérant. Soumises à ce membre qui peut les mener à bon porc. Et ce n’est qu’une fois projeté dans la queue d’un autre, ma bite vidée de sa tension, que je réalise une fois de plus la fragilité de ma virilité.
Les femmes parlent toujours de queues. Et il ne faut pas leur en vouloir, c’est biologique. Elles attendent le phallus qui les remplira comme le fœtus. Tout est une question d’mathématiques et la ligne entre la douleur et le plaisir se mesure en pouces. Alors, qu’est-ce que j’en sais…peut-être qu’elles sont sincères. Mon ruban à mesurer est à mi-chemin d’en avoir le cœur net. À bien y penser, c’est sûr qu’elles sont sincères. Sincèrement bien baisées. J’ai besoin d’y croire. Sinon, que me reste-t-il? La branlette de nos souvenirs? Horrible. Dégradant. Impossible
Nos derniers moments me dégoûtent. J’aurais aimé faire autrement. J’aurais aimé faire briller tes yeux, mais tu ne m’vois plus. Je ne suis bon qu’à être ignoré. J’ai trop parlé. J’en dis trop. Je ne t’excite plus. Ça m’écœure. Je t’écœure aussi, mais je m’écœure davantage. Je l’écris, parce qu’on dit que ça libère. Je veux me libérer de l’écœuration que tu me portes. Ils ont mis le mot cœur dans le mot écœurer. Quand y’a pu de cœur, on est écœuré. Tout ce qu’il me reste maintenant, c’est d’éjaculer avant de me dégoûter.
Tu veux couper les ponts. Couper les ponts. C’est fort comme métaphore. Je donnerais n’importe quoi pour me baigner de ton côté. Tu peux mentir, jouer la comédie, mais redonne-moi mon carré d’sable, celui où j’aime croire que je te baise encore. Est-ce qu’on peut être amis? « Non, c’est trop compliqué ». Impossible de savoir pourquoi c’est compliqué. Et d’ailleurs, comment tu fais pour SAVOIR? C’est « un feeling ». Bon. Je te bloque de partout. Ça t’apprendra à « feeler » sans bonne raison. Ça t’apprendra. Tu regretteras.